CHAPITRE 15 - LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE DU DÉVELOPPEMENT SPIRITUEL

Première partie - ANALOGIES MATÉRIELLES - Juillet 1917

Lors de notre descente ici-bas dans l'existence concrète durant l'involution, nos progrès se faisaient entièrement dans la direction du développement matériel. Mais depuis que nous avons dépassé le tréfonds de la matérialité et que nous commençons à nous élever au-dessus du concret, le développement spirituel gagne en importance comme facteur nécessaire à nos progrès, bien que nous ayons encore de grandes leçons à apprendre de la phase matérielle de notre existence. Ceci s'applique à l'humanité en général, mais tout particulièrement à ceux qui commencent déjà à aspirer consciemment à la vie supérieure. Il peut donc être utile de revoir les enseignements rosicruciens sous un autre angle, celui de la méthode scientifique propre à l'acquisition de ce pouvoir spirituel.

Les personnes de la génération précédente, particulière-ment en Europe et dans les Etats de l'Est américain, se rappelleront sans doute avec plaisir leurs promenades sur les paisibles chemins de campagne, et combien elles aimaient passer et repasser le long d'un cours d'eau clapotant et d'un vieux moulin rustique; en craquant, sa roue à eau faisait laborieusement tourner une primitive mécanique intérieure. Elle n'utilisait qu'une petite partie de la puissance con-tenue dans l'eau courante, qui se perdait inutilement, mise à part cette utilisation minime. Mais plus tard, une nouvelle génération s'est rendu compte des possibilités scientifiques de cette énorme énergie. Des ingénieurs ont commencé à construire des barrages pour empêcher l'eau de se perdre comme dans le système primitif, et ils ont conduit l'eau des bassins de retenue par des tuyaux vers des turbines construites sur des principes scientifiques, économisant ainsi la grande énergie qu'ils avaient accumulée en ne laissant couler que juste ce qu'il fallait pour faire tourner le mécanisme à la vitesse et à la puissance requises.

Mais alors que cette turbine représentait une énorme progrès par rapport à la roue à aubes, elle était cependant sujette à quelques-unes des limitations anciennes; en effet, cette énorme énergie ne pouvait être utilisée qu'à l'endroit où se trouvait ce pouvoir; or de tels endroits se trouvent souvent à plusieurs kilomètres des centres de civilisation où l'énergie est le plus nécessaire. En travaillant avec les lois de la nature, l'homme s'était assuré un serviteur d'une énergie inépuisable, mais le problème était de la rendre utilisable à l'endroit où les besoins étaient les plus importants. Pour résoudre ce problème, les ingénieurs, toujours en accord avec les lois de la nature, ont couplé des générateurs électriques aux turbines hydrauliques, puis on s'est demandé comment envoyer cette énergie jusqu'aux villes où elle pouvait être utilisée. Pour cela, il fallait de nouveau travailler en accord avec les lois naturelles; on avait en effet trouvé que certains métaux conduisaient l'électricité avec plus ou moins de facilité, les meilleurs d'entre eux étant le cuivre et l'argent. On a donc choisi le cuivre comme étant le moins coûteux des deux.

Que le lecteur veuille bien observer qu'il n'est pas possible de forcer ces énergies à faire n'importe quoi; chaque fois que nous les utilisons, c'est en accord avec les lois qui gouvernent leur manifestation, en choisissant les procédés de moindre résistance pour obtenir le maximum d'énergie. Si des fils de fer ou de maillechort, qui ont comparativement une grande résistance, avaient été choisis comme conducteurs, une bonne partie de l'énergie aurait été perdue; de plus, d'autres complications en auraient résulté, sur les- quelles il n'est pas nécessaire de s'étendre. Mais en travaillant avec les lois de la nature et en choisissant les procédés de moindre résistance, l'on obtient les meilleurs résultats par les moyens les plus faciles.

D'autres problèmes se sont présentés aux expérimentateurs dans leur transformation de l'énergie hydraulique à bonne distance de sa source. Il s'est trouvé que le courant électrique tendait toujours à se perdre dans la terre par le chemin le plus court s'il existait une possibilité quelconque d'y parvenir. Il était donc nécessaire de séparer les fils conducteurs de la terre par une substance qui l'empêcherait de s'échapper, tout comme la haute muraille empêche le prisonnier de s'évader. Il fallait donc trouver un corps pour lequel l'électricité avait de l'aversion et l'on a trouvé dans le verre, la porcelaine et autres substances fibreuses, ré-solvant ainsi par des moyens scientifiques et ingénieux, toujours en accord avec les lois de la nature, le problème de l'utilisation la plus avantageuse, à de grandes distances, de la considérable énergie que les anciens moulins rustiques gaspillaient autrefois à sa source.

La même application des procédés scientifiques à d'autres problèmes de la vie, tels le jardinage, a également don-né de merveilleux résultats pour le bien- être et le confort de l'humanité, faisait pousser deux cents brins d'herbe là où les méthodes anciennes n'arrivaient pas à en faire pousser un seul. Des hommes tels que Luther Burbank ont amélioré des variétés de fruits et légumes sauvages, les rendant plus gros, plus agréables au goût, aussi bien que plus nombreux, et dans tous les domaines où les procédés scientifiques ont remplacé certaines pratiques arriérées, les mêmes bons résultats ont été obtenus. Mais, comme nous l'avons vu, et cela est très important, tout ce qui a été vraiment amélioré l'a été en se conformant aux lois naturelles. L'axiome d'Hermès "en bas comme en haut" énonce la loi de l'analogie, clé de tous les mystères, qu'ils soient spirituels ou matériels; nous pouvons donc en déduire que ce qui est bon et qui réussit pour l'application de méthodes scientifiques aux problèmes matériels, réussira tout aussi bien pour la solution des mystères spirituels. Un rapide coup d'oeil au développement religieux dans le passé nous suffira pour nous démontrer qu'il n'a été, ni scientifique, ni systématique, et que des procédés des plus aléatoires ont prévalu. Grâce à leur capacité dévotionnelle, quelques-uns seule-ment ont atteint les hauteurs sublimes de la spiritualité et sont reconnus au cours des siècles comme des saints, projetant de la lumière sur le sentier, montrant ce qui est possible. Mais comment arriver à cette spiritualité, voilà qui a été et qui est encore un mystère pour tous, même pour ceux qui étaient le plus ardemment désireux d'y parvenir, et de nos jours ils sont peu nombreux, hélas!

Les Frères Aînés de la Rose-Croix ont toutefois élaboré un procédé scientifique qui, s'il est appliqué rationnelle-ment et avec persévérance, développera les pouvoirs endormis de l'âme dans chaque individu, aussi sûrement qu'une application constante rendra une personne habile dans n'importe quelle branche matérielle où ses efforts se con-centrent. Pour comprendre ce sujet, il faut bien considérer les faits: c'est l'ancien moulin rustique qui a donné aux ingénieurs l'idée d'utiliser cette énergie d'une manière efficace et bien plus avantageuse. Si nous étudions en premier lieu le développement naturel du pouvoir de l'âme au cours de l'évolution, nous pourrons aussi comprendre les grands résultats bienfaisants qui découlent de l'utilisation de pro-cédés scientifiques dans cette affaire si importante. Ceux qui étudient les enseignements rosicruciens sont évidemment familiarisés avec les principales particularités du développement de l'humanité par l'évolution, mais il se peut que certains lecteurs n'en soient pas informés, et ce qui suit est un aperçu un peu plus complet qu'il ne serait autrement nécessaire.

La science nous dit, correctement, qu'une substance invisible et intangible appelée éther pénètre toutes choses, de-puis le solide le plus dense jusqu'à l'air que nous respirons. Cet éther n'a jamais été vu ni mesuré ou analysé par la science, mais il est nécessaire de considérer son existence comme admise pour expliquer des phénomènes variés, tels que la transmission de la lumière dans le vide. La science nous dit que là, c'est l'éther qui transmet les rayons lumineux. Ainsi, l'éther nous apporte les images de tous les objets extérieurs dans notre champ visuel et les imprime sur la rétine de notre oeil. D'une manière analogue, lorsque dans un studio de cinéma, le "cameraman" photographie les scènes d'un film, l'éther transporte sur le film l'image de tous les objets, leurs mouvements, etc., jusqu'au moindre détail à travers la lentille de son appareil, enregistrant ainsi d'une manière complète la scène entière et tous les mouvements des acteurs. S'il y avait, dans nos yeux, un film semblable d'une longueur suffisante pour contenir toutes les images, nous aurions, à la fin de notre vie, des annales complètes de tout ce qui s'y serait enregistré, pourvu que nous puissions voir.

Mais il y a nombre de gens qui ont le malheur de manquer d'un sens ou d'un autre; cependant, il est une chose que tous doivent faire pour vivre; c'est respirer. Et la nature, qui est un autre nom pour Dieu, a ainsi décidé à juste titre que les archives seraient conservées grâce à ce procédé universellement utilisé. A chaque instant, dans les actes de notre vie, du premier souffle jusqu'au dernier, l'éther qui pénètre dans nos poumons transporte avec lui une image complète de notre environnement, de nos actes et de ceux des autres qui sont près de nous. Ces annales sont gravées sur un petit atome placé dans le ventricule gauche, à la pointe de coeur où le sang oxygéné, transmettant une image différente pour chaque instant de notre vie, passe en un flot continu. Par conséquent, tout ce que nous disons ou faisons, du plus petit acte jusqu'au plus grand, depuis le meilleur jusqu'au pire, tout est inscrit dans notre coeur en caractères ineffaçables. Ces archives sont la base du procédé naturel et lent de la croissance de l'âme au cours de l'évolution, correspondant à l'ancien moulin primitif.

Dans la prochaine leçon (voir ci-après) nous verrons comment ces archives sont employées et comment, par des procédés scientifiques, la croissance de l'âme peut être accomplie et le pouvoir de l'âme développé par l'amélioration de ce processus.



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