Première partie - Mai 1912
Dernièrement, il nous est venu l'idée que le travail du Rosicrucian Fellowship n'est pas notre oeuvre personnelle; c'est celle des Frères Aînés, ainsi que celle de chaque membre du Fellowship. Dans l'accomplissement de cette oeuvre se trouve une merveilleuse occasion de progrès spirituel, et nous n'avons pas plus le droit de la revendiquer pour nous-mêmes que nous n'avons celui de priver nos membres de nourriture physique. Nous devons accorder à tous l'occasion de donner leur aide, mentale ou financière selon le temps disponible, le talent et les capacités de chacun. Nous comprenons aussi qu'à moins d'agir, le travail restera en suspens, et nous serons alors des serviteurs inutiles pour les Frères Aînés. Le fardeau est plus lourd que ce que nous pouvons supporter, et pour prospérer, la grande oeuvre a besoin de beaucoup de travailleurs. Je vais donc vous donner, dans cette leçon, un historique du travail jusqu'à ce jour, afin que nos étudiants puissent se rendre plus exactement compte des développements futurs. Ceci va m'obliger à user largement du pronom "je", aussi les étudiants voudront bien m'excuser, car nul ne désapprouve autant que l'auteur l'introduction de l'élément personnel, mais ici cela semble inévitable.
Dans notre littérature, nous avons établi comme axiome que chaque objet dans l'univers visible est l'incorporation d'une pensée invisible préexistante, c'est-à-dire que Fulton et Bell ont respectivement construit en pensée un bateau à vapeur et un téléphone avant que ces deux inventions ne soient réalisées en bois et en métal. De la même manière, un auteur réfléchit d'abord au sujet de son livre avant de l'écrire. Un Ordre des Mystères doit aussi concevoir sa philosophie spirituelle répondant aux besoins de ceux qu'il a pour mission de servir, et un tel travail peut prendre des siècles. Tout comme les chercheurs scientifiques étudient dans l'isolement des laboratoires, pour l'instruction du monde, leurs hypothèses et conclusions ne sont pas communiquées au public avant d'avoir été éprouvées et confirmées dans la mesure du possible. Ainsi, les enseignements spirituels destinés à favoriser la croissance de l'âme d'une certaine catégorie de personnes ne sont pas rendus publics avant que leur efficacité n'ait été démontrée par des cas isolés.
Tout comme les inventions, les théories, ou les projets, passent par une étape expérimentale et sont rejetés à moins d'être propres à l'usage général, un enseignement spirituel doit atteindre un degré suffisant de perfection pour être diffusé et contribuer au travail dans le monde, ou bien disparaître. C'est ainsi que les enseignements de la Sagesse Occidentale ont été formulés par l'Ordre de la Rose-Croix en vue de se fondre avec la mentalité ultra- intellectuelle de l'Europe et de l'Amérique. Notre révéré fondateur et les douze Frères Aînés qu'il a choisis des siècles auparavant pour l'aider dans sa tâche ont commencé par faire une étude rétrospective des tendances de la pensée pendant notre ère et peut-être pendant des millénaires, ce qui leur a permis de se faire une idée bien définie de la direction qui serait prise par les esprits des générations futures, et de déterminer leurs besoins spirituels. Quelle qu'ait été la méthode suivie, leurs conclusions étaient justes lorsqu'ils ont jugé que l'orgueil intellectuel, l'intolérance et la répugnance à accepter toute contrainte seraient les péchés prédominants de nos jours. Ils ont donc formulé leur philosophie de manière à satisfaire le coeur et en même temps intéresser l'intellect, et apprendre ainsi à l'homme le moyen d'échapper à cette contrainte par la maîtrise de soi. Les milliers de lettres d'appréciation en provenance du monde entier, émanant aussi bien des classes sociales les plus élevées, que des catégories les moins favorisées, témoignent de la grande faim de l'âme ressentie et de la satisfaction que des gens de toutes les classes ont trouvée dans ces enseignements. Mais avec le temps, d'ici cinquante ans, un siècle ou peut-être deux, lorsque les découvertes scientifiques auront intensifié l'intérêt pour les théories exposées dans la "Cosmogonie", lorsque la largeur d'esprit sera plus grande, les enseignements Rosicruciens satisferont l'âme de millions d'esprits éclairés.
Vous apprécierez donc le soin que doivent prendre les Frère Aînés avant de confier un message aussi important à quelqu'un, d'autant plus qu'un tel enseignement ne peut être publié qu'à certaines époques. De même que les graines des plantes ne sont semées qu'au commencement d'un cycle annuel, il en est ainsi des semences telles que les enseignements rosicruciens, lesquels doivent être implantés et les livres publiés au cours de la première décennie du siècle, sinon l'occasion est perdue jusqu'au début d'un nouveau cycle. En 1905, un messager sur lequel ils comptaient avait été reconnu comme peu sûr. Alors les Frères Aînés ont eu recours à moi et m'ont confié ces enseignements après m'avoir fait passer une épreuve en 1908. La "Cosmogonie des Rose-Croix" a été publiée en novembre 1909, un peu plus d'un an avant la fin de la première décennie. Des amis s'étaient chargés de la mise au point du manuscrit original et ont fait un excellent travail, mais il naturellement fallu le revoir avant de le donner à l'imprimeur. Après cela, j'ai relu et corrigé les premières épreuves de l'imprimeur, puis les secondes après les rectifications, puis encore une fois après la mise en pages. J'ai aussi dû donner des instructions aux graveurs et aux imprimeurs pour le placement des tableaux dans le livre, etc. Je me levais à six heures et je continuais à travailler jusqu'à minuit, une, deux ou trois heures du matin durant des semaines. Des malentendus sans fin avec les gens du métier et le bruit assourdissant de Chicago m'ont parfois amené près de la limite de mon endurance nerveuse. Je suis cependant parvenu à maintenir mes facultés et à rédiger de nombreuses adjonctions à la "Cosmogonie". Si je n'avais pas été soutenu par les Frères, j'aurais succombé, mais c'était leur oeuvre et ils m'ont aidé jusqu'au bout. Tout ce qu'ils attendaient de moi était de travailler jusqu'aux limites de mon endurance et de mes capacités, et de leur laisser le soin du reste, mais j'était presque une épave lorsque cette tension a pris fin.
Maintenant, vous comprendrez peut-être mon attitude au sujet de la "Cosmogonie des Rose-Croix". Je l'admire et je suis, plus que quiconque, émerveillé de son magnifique enseignement, et je peux le dire sans que cela nuise à ma propre modestie, car ce livre n'est pas de moi, il appartient à l'humanité. Il me semble même ne pas l'avoir écrit, tellement je me sens impersonnel dans cette question. Mon travail était d'en surveiller la publication avec soin, et le droit d'auteur ne sert qu'à en protéger le texte de toute mutilation. Mais dès que je pourrai trouver, parmi nos membres, des mandataires sérieux et qualifiés, The Rosicrucian Fellowship sera constituée en société et tous les droits d'auteur lui seront laissés, ainsi que tout ce qui m'appartient, car c'est en accord avec les Frères Aînés que tous les profits provenant du travail doivent être reversés à l'Association, condition à laquelle j'ai volontiers consenti, car je n'ai aucun désir d'argent, sauf le nécessaire pour faire avancer notre travail, et Mrs Heindel est d'accord avec moi sur ce point. Ce travail béni est notre meilleure récompense, beaucoup plus précieuse que n'importe quelle rétribution matérielle.
Parmi les absurdités qui ont été publiées au sujet de l'Ordre de la Rose- Croix, on trouve une grande vérité: ils s'efforçaient de guérir les malades. D'anciens ordres religieux ont cherché à faire progresser la spiritualité en châtiant le corps et en le maltraitant, mais les Rose-Croix prennent grand soin de ce précieux instrument. A l'origine de leurs activités curatives, il y a deux raisons. Comme tous les autres serviteurs du Christ, ils aspirent ardemment au "jour du Seigneur". Ils savent que l'abus des fonctions sexuelles, encouragé par les esprits Lucifer, est cause de maladie et de débilité, et qu'un corps sain est indispensable à l'expression d'une mentalité saine. Ils se sont donc efforcés de guérir le corps afin qu'il puisse exprimer une pensée saine et un amour pur au lieu de sa perversion, car la conception dans de meilleures conditions hâte la venue du royaume du Christ en produisant des corps de matière de plus en plus subtile, lesquels remplaceront "la chair et le sang(qui) ne peuvent hériter du Royaume", étant physiologiquement inaptes.
Le Christ a donné deux commandements à ses messagers: "Prêchez l'Evangile" (de l'Age à venir) et "Guérissez les malades" (Matthieu 10:7-8). Pour les raisons précitées, l'un nous oblige autant que l'autre, chacun étant nécessaire. Pour se conformer au deuxième de ces commandements, les Frères Aînés ont élaboré un système de guérison qui combine les meilleurs principes des écoles d'aujourd'hui avec une méthode de diagnostic et de traitement aussi sûre que simple; ainsi un grand pas a été fait pour perfectionner l'art de guérir à partir des tâtonnements de l'expérimentation jusqu'à la certitude de l'exacte connaissance.
Au cours de la nuit du 9 avril 1910, jour de la nouvelle lune dans le Bélier, mon instructeur est apparu dans ma chambre et m'a dit qu'une nouvelle décennie, ou cycle, avait commencé cette nuit. La nuit précédente, mon travail dans le nouveau Centre du Fellowship à Los Angeles s'était terminé. J'avais voyagé et donné des conférences six soirs sur sept et, de plus, quelques après-midis. Depuis mon travail à Chicago pour la publication de la "Cosmogonie", j'avais été malade, et j'allais abandonner quelque temps le travail en public pour récupérer mes forces. Je savais qu'il est très dangereux de quitter son corps consciemment si l'on est malade, car l'éther est alors très atténué et la corde d'argent se rompt facilement. Mourir dans de telles conditions aurait causé les mêmes souffrances qu'un suicide, aussi est-il recommandé aux aides invisibles de rester dans leurs corps quand ils sont souffrants. Mais à la demande de mon Instructeur, j'ai déclaré que j'étais prêt, et quelqu'un a pris place près de mon corps pour veiller sur lui.
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| Chapitre 21 Table des Matières |
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