Deuxième partie - Juin 1912
Comme nous l'avons expliqué antérieurement dans notre littérature, les Ecoles des Mystères Mineurs ont toutes neuf degrés, et l'Ordre de la Rose-Croix ne fait pas exception. Le premier degré correspond à la Période de Saturne, et les exercices qui y correspondent se font le samedi, jour de Saturne, à minuit. Le deuxième degré correspond à la Période du Soleil, et ce rite particulier est célébré chaque dimanche, jour solaire. Le troisième degré correspond à la Période de la Lune et se tient le lundi à minuit, et ainsi de suite avec le restant des sept degrés, chacun correspondant à une Période et se tenant le jour avec lequel il est en rapport. Le huitième degré est célébré à la nouvelle lune et à la pleine lune, et le neuvième degré aux solstices d'été et d'hiver.
Lorsqu'un disciple devient frère lai ou soeur laie, il est introduit aux rites de samedi. L'initiation suivante lui confère le droit d'assister au service de minuit au Temple le dimanche, et ainsi de suite. Il faut noter, cependant, que les frères lais ou soeurs laies ont le libre accès, dans leurs corps spirituel, au Temple tous les jours, bien qu'ils soient exclus des services de minuit des degrés qu'ils n'ont pas atteints. Il n'y a toutefois pas de gardien visible se tenant à l'entrée et demandant le mot de passe à tous ceux qui désirent entrer, mais une muraille est autour du Temple, invisible et pourtant impénétrable à ceux qui n'ont pas reçu la "clé". Elle est constituée différemment chaque nuit, de sorte que si, par erreur ou par oubli, un élève cherche à entrer dans le Temple quand les exercices sont au-dessus de son degré, il apprend qu'il est possible de donner de la tête contre une muraille spirituelle, et que cette expérience est loin d'être agréable.
Comme déjà dit, le huitième degré tient son service à la nouvelle et à la pleine lune, et tous ceux qui n'ont pas atteint ce degré ne peuvent pas assister à ce service de minuit; j'était parmi ces derniers, car ces services, loin d'être des simulacres auxquels on peut assister moyennant quelques vulgaires billets de banque, demandent une spiritualité bien au-delà de mon développement actuel, un état auquel je ne pourrai même pas atteindre en plusieurs vies, même si mes efforts et mes aspirations ne manquent pas. Vous comprendrez donc que la nuit de la nouvelle lune dans le Bélier, en 1910, quand l'Instructeur est venu me chercher, ce n'était pas pour me faire assister à cette réunion d'un caractère très supérieur, mais à une séance d'une autre nature. En outre, bien que cette séance ait correspondu à la nuit en Californie, l'heure est différente en Europe et les exercices de nouvelle lune avaient eu lieu plusieurs heures auparavant, de telle sorte qu'à mon arrivée au Temple avec mon Instructeur, le soleil était très haut dans le ciel.
Tout d'abord, j'ai eu un entretien seul à seul avec mon Instructeur; il m'a décrit ce que devrait être le travail du Fellowship, tel que les Frères Aînés le souhaitaient. La note dominante de cet entretien était de s'abstenir si possible de toute organisation, ou du moins qu'elle soit des plus libres. Il m'a fait remarquer que malgré les meilleures intentions de début, dès qu'un poste ou qu'un pouvoir est créé où la vanité humaine peut s'exercer, la tentation se révèle trop forte pour la plupart des gens. Or, dans la mesure où l'on porte atteinte au libre arbitre des membres, l'objet de l'Ordre de la Rose-Croix, qui est d'encourager l'individualité et la confiance en soi, est voué à l'échec. Les statuts et les règlements sont des limitations et, pour cette raison, il faudrait en avoir le moins possible. L'Instructeur pensait même qu'on pourrait s'en passer entièrement.
C'est en accord avec ces directives que j'ai imprimé sur l'entête de nos lettres la mention "ASSOCIATION internationale de Mystiques Chrétiens", car il y a une grande différence entre une association qui est entièrement volontaire et une organisation qui lie ses membres par des serments, des voeux, etc. Ceux qui ont accepté de prendre l'engagement de candidats du Rosicrucian Fellowship savent que cet engagement est une promesse faite à eux-mêmes et non à l'Ordre de la Rose-Croix. Le même scrupuleux respect pour le maintien futur de la liberté individuelle la plus grande est en évidence dans tous les secteurs de l'Ecole occidentale des Mystères. Nous n'avons pas de Maîtres, ils sont nos amis et nos Instructeurs; et dans aucune circonstance ils n'exigent obéissance à une prescription de leur part, ni ne nous ordonnent de faire ceci ou cela. Tout au plus, ils nous donneront un conseil en nous laissant libres de le suivre ou non.
Je puis dire que cette façon de ne pas organiser a été appliquée à la mise en train des Centres de Columbus (Ohio), de Seattle et de Los Angeles, mais depuis lors je suis allé encore plus loin en essayant de diffuser nos enseignements individuels à partir d'un centre mondial plutôt que de fonder des centres dans différentes villes. Dans certaines localités, des groupes d'étudiants ont désiré s'unir pour l'étude et l'élévation spirituelle. A cet effet, toute l'aide nécessaire leur a été donnée, mais, comme déjà dit, je n'ai plus formé moi-même de centres d'études, préférant laisser les étudiants agir comme ils s'y sentent poussés.
Toutefois, notre nouvelle activité de guérison, dont je vais parler, rendait un siège permanent nécessaire. Comme nous vivons dans un monde concret, sous des conditions matérielles, il semble nécessaire que ce siège soit constitué en société selon les lois du pays dans lequel nous vivons, de telle sorte que ce qui appartient à l'oeuvre puisse rester utilisable au profit de l'humanité après que les chefs actuels auront quitté la vie physique. A ce point de vue, nous ne pouvons échapper, pour le statut du siège, à des conditions strictes, mais l'Association proprement dite doit rester libre, afin d'atteindre à la croissance de l'âme la plus élevée, et à la durée la plus longue possible. Il est cependant regrettable de prévoir que, bien que telles soient nos intentions, un jour devra venir où The Rosicrucian Fellowship suivra la pente de tous les autres mouvements: elle se liera par des règlements, et l'usurpation de pouvoir la fera se fossiliser et se désagréger. Mais nous avons la consolation de savoir que sur ses ruines s'élèvera quelque chose de plus grand et de meilleur, tout comme ce fut le cas d'autres organismes qui ont servi leur but et sont en train de se dissoudre à présent.
Après l'entretien mentionné ci-dessus, nous sommes entrés dans le Temple, où les douze Frères étaient présents. L'arrangement était différent de ce que j'avais vu jusqu'ici, mais le manque de place m'empêche de donner des détails. Je me bornerai à mentionner trois sphères suspendues les unes au-dessus des autres au centre du Temple; la sphère du milieu se trouvait approximativement à mi-hauteur entre le sol et la voûte; elle était bien plus grande que les deux autres, suspendues au-dessus et au-dessous d'elle.
Au-delà de la vue physique, les différentes sortes de vision sont la vue éthérique ou rayons X, la vision colorée qui nous ouvre la porte du monde du désir, et la vision sonore qui nous met en contact avec la région de la pensée concrète, ainsi que cela a été expliqué dans les "Mystères Rosicruciens". Mon développement de cette dernière phase de la vue spirituelle avait été presque nul jusqu'à ce moment, car c'est un fait reconnu que plus notre santé est robuste, plus nous sommes liés au monde matériel, et moins capables de prendre contact avec les plans spirituels. Ceux qui peuvent dire "je n'ai jamais été malade un seul jour" révèlent en même temps qu'ils sont en parfaite harmonie avec le monde physique et complètement incapables de prendre contact avec le monde spirituel.
Ceci était à peu près mon cas jusqu'en 1905. J'avais cruellement souffert toute ma vie des suites d'une opération à ma jambe gauche durant mon enfance. La plaie n'arrivait pas à guérir jusqu'au jour où j'ai adopté une alimentation sans viande. A partir de ce moment, la douleur a cessé. Néanmoins, durant toutes ces années précédentes, mon endurance était telle, que la souffrance n'apparaissait jamais sur mon visage, et pour le reste, ma santé était parfaite. Cependant, lorsque le sang coulait par suite d'une blessure accidentelle, il ne se coagulait pas, et j'en perdais chaque fois une certaine quantité, alors qu'après deux ans d'une alimentation pure, la perte d'un ongle entier dans la matinée ne m'avait fait couler que quelques gouttes de sang. Le même après-midi, j'ai pu utiliser la machine à écrire, et je n'ai pas eu de suppuration lors de la croissance du nouvel ongle.
Le développement du côté spirituel de ma nature a cependant produit de la dissonance dans mon corps physique, devenu plus sensible aux conditions environnantes, et il en est résulté un épuisement nerveux, d'autant plus complet, en raison des efforts faits précédemment qui m'avaient maintenu sur pied pendant des mois au lieu de céder, si bien que je me suis trouvé à deux doigts de la mort.
Comme la mort est la dissolution permanente des liens entre le corps physique et les véhicules spirituels, ceux dont la vie va bientôt se terminer approchent de la condition qui prévaut lorsque la séparation est sur le point de se faire. Goethe, le grand poète allemand, a reçu sa première initiation lorsque son corps était extrêmement affaibli, prêt à mourir. Je ne m'étais pas développé à ce point, mais mes études, mes aspirations et un exercice que je croyais avoir imaginé, mais qui était une réminiscence du passé, ainsi que je l'ai appris plus tard, tout cela m'a donné la possibilité de quitter momentanément mon corps pendant cette première maladie, puis d'y rentrer. Je ne comprenais pas comment cela s'était produit et j'étais incapable de le faire à volonté. L'année suivante, cela s'est renouvelé par accident, mais ceci sort de notre sujet. Le point sur lequel j'insiste, c'est que la perte d'une robuste santé physique est nécessaire avant qu'il soit possible d'atteindre l'équilibre dans le monde spirituel. Plus la force et la vigueur du corps sont grandes, plus énergiques devront être les moyens employés pour l'abattre. Puis, pendant des années, on se trouve dans une condition incertaine, mal équilibrée, jusqu'à ce que l'on parvienne finalement à conserver la santé dans le monde physique, tout en gardant la faculté d'accéder également à des plans supérieurs.
En ce qui me concerne, un travail assidu, aussi bien physique que mental, jusqu'à ce jour, a laissé mon corps physique dans un état qui est loin d'être satisfaisant. Des amis m'ont mis en garde, et j'ai essayé de suivre leurs conseils, mais le travail devait être fait, et à moins de recevoir de l'aide, je suis forcé de continuer sans tenir compte de ma santé, et Mrs Heindel est de mon avis sur ce point comme pour le reste. Cependant, de cette condition précaire m'est venue la facilité croissante d'agir dans le monde spirituel. Tandis que, comme je viens de le dire, ma vision dans le monde du son et la faculté d'agir dans la région de la pensée concrète étaient très médiocres et principalement centrées sur la région inférieure, un peu d'aide de la part des Frères Aînés m'a permis, ce jour-là, d'atteindre la quatrième région, celle des archétypes, et d'y recevoir l'enseignement et la compréhension de ce qui est considéré comme l'idéal le plus élevé et la mission du Rosicrucian Fellowship.
J'ai vu notre Siège, vers lequel se dirigeaient une foule de gens venant de toutes les parties du monde pour recevoir l'enseignement. Je les ai vus sortir de là pour soulager les affligés proches ou lointains. Tandis qu'ici, en ce bas monde, il est nécessaire de chercher pour se renseigner sur n'importe quoi, sur ce niveau élevé, la voix de chaque archétype apporte avec elle, au moment où elle rencontre la conscience spirituelle, la connaissance de ce que cet archétype représente. Ainsi, durant cette nuit, il m'est venu une compréhension bien au-delà de ce que mes paroles peuvent exprimer, car le monde dans lequel nous vivons est basé sur le principe du temps, alors que dans les régions élevées des archétypes, tout est un éternel Maintenant. Ces archétypes ne racontent pas leur histoire comme je le fais ici, mais il se crée en nous une conception instantanée de toute l'idée, bien plus lumineuse que celle que nous donnerait un narrateur par son éloquence. Depuis le temps où cela s'est produit, je n'ai pas osé essayer de le traduire en paroles, mais je vais m'efforcer, dans la leçon suivante de vous en donner une image. (Cette leçon est mentionnée et commentée dans les "Lettres aux Etudiants" n. 19 et 20)
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| Chapitre 22 Table des Matières |
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