CHAPITRE 23 - LA DAMNATION ÉTERNELLE ET LE SALUT

Comme nous avons chaque semaine, au Siège, un certain nombre de cours où peut s'exercer la partie intellectuelle de notre nature, le service du dimanche après-midi (actuellement, ce service n'a plus lieu en fin d'après-midi, mais le matin à 11 heures), y compris l'allocution, s'adresse à notre coeur. Vous savez que l'objectif du Rosicrucian Fellowship est de combiner l'intelligence et le coeur; c'est pourquoi les allocution du dimanche devraient être largement consacrées à éveiller notre coeur, à en faire vibrer les cordes. C'est une chose dont nous avons grand besoin, beaucoup plus même que du développement intellectuel. Nous sommes trop enclins, dans notre civilisation actuelle, à suivre la direction intellectuelle et à toujours chercher, pour nos problèmes, une explication qui satisfasse uniquement le mental, en oubliant ce qui pourrait aussi trouver un écho dans le coeur. C'est la raison pour laquelle celui qui vous parle va tâcher de vous conduire plutôt dans une forme de méditation dans laquelle les exhortations s'appliqueront davantage au coeur qu'à l'esprit et qui s'adresseront aussi bien à lui-même qu'à toute autre personne.

La semaine dernière, le Frère Aîné qui a été notre Instructeur durant quelque temps, a demandé que l'allocution du dernier dimanche soit répétée sous une autre forme, de manière à aborder la phase de notre philosophie qui, à présent, demande notre plus grande attention, c'est-à-dire de nous rendre aptes à faire un travail plus élevé. Si nous considérons l'homme tel qu'il est à présent, nous n'avons de lui qu'une vue partielle, car il est, comme toute chose, sans cesse en train d'évoluer, mais à moins de nous préparer à ce futur, nous ne pourrons jamais l'atteindre. Il est par conséquent nécessaire d'avoir constamment nos yeux fixés sur l'avenir, de façon à connaître ce qui nous attend. Il nous faut aussi nous efforcer de vivre selon nos idéaux, car il faut les pratiquer pour y atteindre avec le temps.

Lorsque nous avons atteint un idéal, ce n'est plus un idéal pour nous. Il y avait un temps où certains d'entre nous se nourrissaient de viande, une nourriture qui s'obtient par des moyens tragiques, en ôtant la vie. Nous avons donc pensé renoncer à cette habitude, et après quelque temps nous avons atteint cet idéal en devenant ce qu'on appelle des "végétariens". Dès ce moment, la nourriture végétarienne n'était plus un idéal pour nous, puisque nous l'avions réalisé. Ainsi, dans la vie spirituelle, il y a des idéaux de plus en plus élevés et qu'il faut s'efforcer d'entretenir pour pouvoir y atteindre, car c'est seulement en les vivant que nous pourrons développer un jour ce qui est le plus élevé en nous.

Maintenant, nous allons aborder un sujet connu des églises, sous le nom de "damnation éternelle et salut". Cette doctrine, nous avons peut-être pensé pouvoir la rejeter. Nous avons sans doute entendu des prédications parlant de l'enfer et disant aux fidèles qu'ils devaient immédiatement s'occuper de leur salut s'ils ne voulaient pas être condamnés pour l'éternité. Il se peut alors que, nous méfiant d'une telle doctrine, peut-être irrité à la pensée que Dieu aurait créé des êtres pour pouvoir tourmenter éternellement le plus grand nombre d'entre eux, nous nous soyons éloignés de l'église pour rechercher d'autres religions ou philosophies.

Certains d'entre nous se sont peut-être tournés vers les religions orientales qui enseignent la continuité de la vie et le processus par lequel l'homme évolue jusqu'à devenir finalement un dieu. Peut-être qu'en étudiant ces doctrines, nous aurons eu une idée de l'infinité du temps, au point d'encourir le discrédit du monde occidental, car certains pensent que cette infinité de temps rend inutiles les efforts que nous faisons. Le monde occidental a reçu les doctrines de la damnation éternelle et du salut éternel, et bien qu'il nous soit impossible d'y croire telles qu'elles sont traditionnellement enseignées, il n'en est pas moins vrai que ces doctrines jumelles recouvrent une grande vérité.

La compréhension intelligente de ces doctrines dépend de ce qu'on entend par le mot "éternel". En consultant le texte original en grec, nous trouvons qu'ils s'agit de l'adjectif "aïônios" que le dictionnaire traduit par "pour un âge, une durée non définie de temps". Dans l'épître de Paul à Philémon, où il parle de lui renvoyer l'esclave Onésime, il ajoute: "Peut-être a-t-il été séparé de toi pour un temps afin que tu le recouvres pour toujours" (aïônion). Comme ni Onésime, ni Philémon n'étaient immortels, ces mots "pour toujours" ne peuvent se rapporter qu'aux quelques années de vie sur terre d'Onésime, et non à l'éternité. Ainsi, nous voyons que le mot "éternel" ne traduit pas la notion voulue. Mais alors, dans quel sens devons-nous le prendre?

En observant la marche du monde et en songeant au processus de l'évolution, nous pouvons apprendre que le pèlerinage de l'esprit à partir du limon de la terre jusqu'à Dieu est une progression éternelle avec de nombreux degrés et de nombreux points où l'esprit se repose pour un temps, puis avance de nouveau. Ayant étudié dans notre philosophie les époques et les périodes qui les ont précédées, nous nous rappellerons que la première séparation réelle de l'humanité s'est produite vers la fin de l'époque Lémurienne. Il y avait ce qu'on peut appeler un "peuple élu", avec une certaine division dans les corps du désir d'une partie des gens vivant à cette époque. L'esprit a pu entrer en ceux dont le corps du désir s'était ainsi divisé et qui était formé d'une matière-désir plus fine, et ce sont eux qui sont devenus des hommes tels que nous les connaissons aujourd'hui. Telle a été la première race; ensuite d'autres races ont été créées, dont sept pendant l'époque Atlantéenne et jusqu'ici cinq pendant l'époque Aryenne. Il s'en créera encore deux dans cette époque, plus une dans la sixième. Après cela les races auront fini d'exister.

Mais au cours de cette évolution, et pendant que ces millions d'esprits progressaient continuellement d'étape en étape, certains n'ont pas progressé avec leur groupe, même à l'époque où nous n'étions pas encore conscients. N'étant pas si adaptables que les autres, ils n'ont pu arriver au degré suivant de leur évolution. Nous en sommes maintenant au point où les changements s'accélèrent, où il y a moins de temps que précédemment entre une race et la suivante, de telle sorte que les Frères Aînés considèrent les races avec un souci qui justifie leur titre de "seize sentiers vers la destruction".

Nous voici donc à notre leçon: d'une race à la suivante, il y a un pas à franchir. Nous avons passé par la race de l'époque Lémurienne, puis par les sept races atlantéennes, et ensuite les premières races Aryennes. Nous avons progressé en même temps que les autres et nous avons chaque fois passé le point où une sélection était faite, ceci nous permettant d'arriver au salut. Ce système est analogue à celui de l'école où les enfants progressent de l'école maternelle jusqu'à l'université. Chaque année, quelques-uns sont laissés en arrière et obligés d'apprendre les leçons qu'ils n'avaient pas assimilées l'année précédente, mais on leur donne une autre occasion d'avancement. Il y a donc toujours des Egos retardataires, et quelques-uns, plus zélés, qui sont en tête.

Voici la question à laquelle nous devons répondre ce soir, vous et moi: serons-nous parmi les retardataires, ou voulons-nous bien nous appliquer comme nous le devons et le pouvons? Ayant reçu cette merveilleuse doctrine, ayant connu la vérité extraordinaire de la continuité de la vie, allons-nous rester à l'arrière en nous disant: "Nous avons tout le temps. Nous ne croyons pas à cette doctrine de la damnation éternelle et nous savons que nous serons tous sauvés, le moment venu". Certains atteindront le but avant les autres et il y en a qui resteront en arrière, mais la question est celle-ci: serons-nous une aide ou une entrave pour la race humaine? Aujourd'hui, nous sommes les pionniers du monde occidental et nous possédons une philosophie expliquant, mieux que toute autre, les problèmes de la vie. Ainsi la question se pose: allons-nous l'utiliser d'une manière pratique, en nous efforçant de la vivre dans notre existence quotidienne?

Ce n'est pas notre croyance qui importe, mais c'est de vivre cet idéal. Ce n'est pas une question de foi, mais de la démontrer par nos oeuvres. Avons- nous implanté nos idéaux dans notre vie quotidienne? Ceux qui nous entourent nous observent et ils voient en nous, soit un exemple de ce qu'ils devraient être, soit de ce qu'ils ne devraient pas être. Chaque dimanche, nous entendons ces enseignements, nous apprenons les leçons de la vie et nous méditons sur le mot "service", mais comment vivons-nous cet idéal? Allons-nous dans le monde pour pratiquer ces préceptes et pour y vivre d'une manière qui corresponde à ces idéaux, en donnant un exemple pratique de la valeur des enseignements reçus ici? Personne ne peut affirmer qu'il agit de son mieux; nous sommes tous bien en-deça. Alors se pose la question; cet idéal serait-il trop élevé? Non, il ne l'est pas. Il existe un moyen grâce auquel nous pouvons vivre chaque jour de mieux en mieux, et le voici:

Ceux qui, parmi vous, n'ont pas pratiqué les exercices recommandés dans notre littérature devraient sérieusement penser à les faire. Je vous le conseille vivement, car même si vous ne notez pas d'amélioration en vous-mêmes, que les autres le remarquent ou non, il se produit malgré tout un mieux. Nous ne pouvons pas, jour après jour, revoir nos pensées et nos actes sans mieux vivre individuellement, sans devenir meilleurs. Les deux exercices rosicruciens ne sont pas difficiles et ne demandent que peu de temps; il n'est pas nécessaire, pour cela, de prendre sur le temps réservé à notre travail quotidien. Ce serait aussi mal d'agir ainsi en vue de nous développer que d'accaparer le pain réservé aux autres membres de la famille et de le manger nous-mêmes. Toute forme d'égoïsme doit être évitée. Nous devrions essayer de progresser de jour en jour, de devenir meilleurs afin que, par notre apport, The Rosicrucian Fellowship reçoive un regain de vie.

Les candidats qui pratiquent ces exercices et qui, de cette manière, s'identifient aux enseignements rosicruciens, exerceront une influence plus utile et plus puissante qu'il ne serait possible autrement. Par conséquent j'insiste encore - et je ne le répéterais pas si cela ne m'avait pas été spécialement demandé - que tous ceux d'entre vous qui le peuvent pratiquent ces exercices et s'efforcent de vivre une vie en rapport avec nos enseignements, car ce n'est qu'en commençant à vivre la vie régénérée que nous pourrons nous préparer pour les progrès futurs.

Au moment où le point vernal du soleil passe dans une nouvelle constellation zodiacale, l'humanité reçoit toujours une nouvelle impulsion spirituelle. Cette impulsion doit trouver une voie pour se déverser, un organe prêt à vibrer en harmonie avec cette vibration. Avant qu'un certain nombre de personnes ne se soient préparées à recevoir cette vibration et à la transmettre, l'enseignement qui est en rapport avec cette impulsion spirituelle ne pourra être donné.

Nous savons comment, au cours des dix-neuf cents ans passés, le retour du Christ avait été attendu, et comment, du temps des apôtres, certains espéraient voir son avènement et croyaient qu'il allait fonder sur la terre un royaume de ce monde. Il en est de même aujourd'hui, et nous trouvons des gens attendant sa venue comme celle d'une personne physique. Mais comme le dit Angelus Silesius:

"Le Christ serait-il né mille fois sur la terre S'il ne naît en toi, ton âme est solitaire. La croix du Golgotha tu contemples en vain, Tant qu'en ton coeur tu ne l'élèves point".


Tout comme un diapason donnant une certaine note commence à vibrer lorsque l'on frappe un autre diapason de même tonalité, il en sera de même pour nous. Lorsque nous aurons accordé nos vibrations à celles du Christ, nous serons capables d'exprimer l'amour qu'il est venu enseigner à l'humanité et qu'ici nous essayons d'inculquer dans nos services du dimanche. Avant de vivre conformément à cet amour et de percevoir le Christ intérieur, nous ne pouvons pas voir le Christ extérieur. Par conséquent, rappelons-nous ce petit poème:


Ne perdons pas notre temps à soupirer Après des choses glorieuses mais impossibles. N'attendons pas en rêvassant Qu'il nous pousse des ailes d'ange. Ne dédaignons pas d'être d'humbles chandelles, Car chacun ne peut être une étoile; Mais éclairons l'obscurité En brillant juste là où nous sommes.

L'humble lumignon a son office Tout comme le superbe soleil, Et l'acte le plus simple est ennobli Lorsqu'il est dignement accompli. Nous pouvons n'être jamais appelés A illuminer de lointains lieux obscurs. Remplissons donc notre mission En brillant juste là où nous sommes."


Chapitre 24
Table des Matières